Il existe un lien étroit entre le sado-masochisme et le cinéma, ne serait-ce que parce qu’on parle d’une «séance SM» comme d’une «séance de cinéma» : dans les deux cas, l’univers se réduit à un espace de projection. La séance est réussie lorsque, emporté par le scénario, on s’est identifié aux personnages, partageant avec eux des émotions si fortes qu’on sort de la salle dans un état un peu flottant. Le SM est comme le cinéma (ou le théâtre): une mise en scène si possible envoûtante. Et pour que la mise en scène fonctionne, il faut qu’elle ait un aspect réaliste. Voire dérangeant. Ce qui explique peut-être pourquoi les premières productions SM en Europe flirtent avec la censure. On ne sort pas indemne de Salo ou les 120 journées de Sodome, par exemple. Ni de Caligula, même s’il s’agit d’un peplum baroque. Ni de Naked blood. Et que dire de tous ces films gore qui ne sont que des films SM déguisés, bourrés de dominateurs ayant perdu les pédales? Au cinéma, le SM flirte sciemment avec les limites, sortant parfois du cadre de la fiction pour entrer (ou nous le faire croire) de plain-pied avec la réalité.
Rappelez-vous au début des années 80, cette brutale invasion de vidéos SM. Dans une débauche de sévices en tous genres, les premières productions qui apparaissent sur le marché multiplient les gros plans sans pitié sur des fesses rougies au paddle (raquette de bois), marbrées de taches violettes ou hachurées par les morsures de la canne anglaise… L’histoire de la vidéo SM en France commence avec la levée de la censure… et avec une véritable explosion de "séances SM" filmées de façon crue. «Quand les premières vidéos SM sont apparues dans le commerce en France, il s’agissait essentiellement de vidéos allemandes et hollandaises, explique Francis Dedobbeleer, attaché de presse à la boutique Demonia. Pourquoi? Parce qu’en Allemagne et surtout en Hollande, la censure sur le SM n’existait plus depuis 10 ans. Dans ces pays, les productions étaient donc nombreuses. Elles ont littéralement envahi le marché français.» Les titres de ces vidéos sont explicites : Tais-toi et obéis (Schlag Zeilen), Fais-moi mal (SM maximum), Punition et domination (diabolique vidéo), La femme au fouet (Ragtime), Tortured bottom (book on film international), Delight and pain (sweet pain)… Il n’y est question que de «culs torturés», de «délicieuse douleur» ou de «châtiments». Ces vidéos sont presque toutes axées sur le réalisme des tourments infligés à d’authentiques adeptes du SM. Ils ne jouent pas comme des acteurs. Ils sont filmés en direct lors de séances de SM réelles.



Baguettes chinoise

















